Sunday, June 22, 2014

 

La guillotine et l'impuissance de la nouvelle vague: même pas de l'agit prop.

CLAUDE LELOUCH – LA VIE L’AMOUR LA MORT – 1969

Après la victoire sociale de mai 1968 – en France – et la défaite politique de juin 1968 – en France – sans parler de celle de Prague un peu plus tard et de la catastrophe de l’élection de Nixon aux USA, sans même mentionner les assassinats de Robert Kennedy et de Martin Luther King, un peu plus tôt, les intellectuels français et les artistes français sont restés désemparés comme deux ronds de frite oubliés derrière une malle, surtout que l’échec politique du référendum de De Gaulle fut le fait de Pompidou et de quelques autres qui surent tirer les marrons du feu dès 1969. Alors la gauche n’avait plus que ses yeux rouges et noirs pour pleurer, et Jacques Duclos était la pleureuse officielle.

Ils sortirent alors les problèmes sociétaux de fond, comme dans ce film la peine de mort. La nouvelle vague qui se voulait apolitique fut bien obligée de sortir du bois et de devenir idéologique sinon il ne leur restait plus que le communisme pur et dur, le communisme de guerre à la Brejnev l’éteignoir. Et Waldeck Rochet était en hibernation dans un hôpital et Georges Marchais prenait le pouvoir. En bref le paradis.


Ce film est donc nouvelle vague sur sa première partie qui montre la filature et l’arrestation d’un homme sans que jamais pendant cette première moitié on ne sache de quoi il pouvait bien s’agir. Lelouch joue sur la focalisation de la caméra sur le premier plan ou sur l’arrière plan et en plus truffe cette partie de gros plans dignes de la télévision. Il joue bien sûr sur la couleur pour le monde extérieur à la prison et le noir et blanc pour la prison, et il ne fait pas dans le détail : le Quai des Orfèvres, le palais de justice derrière et la prison de la Santé.

Mais après la première lecture des délibérés du jury qui ne donnent que le numéro des questions mais pas les questions elles-mêmes, on ne sait toujours pas les crimes de ce pauvre Tolédo. C’est alors que la deuxième partie du film permet de passer à un film post-soixante-huitard et donc à entrer dans l’idéologie. La police n’est plus aveugle et la justice brutale, ou vice versa. On a les crimes commis devant nous, les prostituées tuées par impuissance sexuelle de ce pauvre homme. On ne saura jamais pourquoi il est impuissant dans ses actes avec les prostituées, alors qu’il est père d’une fillette, marié et qu’en plus il a une amante qui semble très satisfaite.


Là ce sont les psychiatres qui sont totalement aveugles, et j’ai envie de dire impuissants mentalement, intellectuellement et scientifiquement. Comme l’homme est conscient de ce qu’il a fait, il est donc responsable et on se contentera de cela comme on donnera une fessée à un enfant de deux ans qui pisse au lit car il sait ce qu’il fait donc il le fait exprès. Maintenant pourquoi est une question qu’un psy raseur de tête et malaxeur de cerveau ne se posera pas.

Alors il ne reste plus qu’à dresser la guillotine dans la cour de la prison de la Santé, dont j’ai si souvent longé les murs, et se dire que l’île de la Cité est bénie et donc policièrement justifiée et judiciairement juste puisque la cathédrale Notre Dame est juste en face. M’enfin comme dirait un certain Gaston.


Ce film est donc pathétique quand il témoigne du dilemme artistique et politique des gens de la nouvelle vague avec Jean Paul Sartre en tête qui se fait maoïste tant qu’on y est. Et ne parlons pas des trotskistes comme Jospin et bien d’autres, et tout cela pour ne pas être communistes : la fuite en avant dans la marge pour mieux plus tard retrouver le milieu du chemin et la conformité réformiste qui ne les mènera pas à Rome mais en Hollande.

C’est toute cette catastrophique frustration qui ressort aujourd’hui dans les derniers soubresauts des légions révolutionnaires de la SNCF et des intermittents. Mieux vaut mourir et faire couler le bateau avec nous que d’accepter un compromis aussi bon soit-il, aussi inéluctable soit-il, aussi inévitable soit-il.


C’est comme cela que nos lendemains sont comme des lampadaires : ils ne marchent pas, ils ne sont que des pissotières pour chiens et la lumière qu’ils diffusent sent le maquillage vital purement de surface. Non ce n’est pas la lumière de l’esprit ni de l’âme, encore moins de l’amour ou de la liberté, car sur les bancs publics sous les lampadaires on ne trouve plus des amoureux qui se bécotent mais des SDF qui s’ankylosent.


Dr Jacques COULARDEAU



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